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La nécropole d'al-Qarafa s'est développée dans les années 640, en même temps que la cité de Fustat, établie à l'emplacement du Caire actuel. Les deux sites resteront distants jusqu'au début du XXe siècle, quand l'accroissement démographique favorisera l'étalement urbain et le peuplement du cimetière. Les habitations informelles sont peu à peu raccordées à l'eau et à l'électricité de la capitale tandis que des immeubles se construisent sur plusieurs étages. Divers petits ateliers fournissent du travail dans le traitement des matériaux, la production manufacturière, l'artisanat et la construction. Aujourd'hui, la démographie de la Cité des morts est difficile à quantifier tant ses frontières sont floues : les sources varient entre 300 000 et 1,5 million d'habitants. Toujours est-il que la plupart vivent dans d'ordinaires quartiers, dont la forte densité contraste avec les maisons érigées parmi les sépultures. Ces dernières héritent de l'organisation traditionnelle du cimetière, où les tombes d'une même famille sont regroupées et entourées d'une structure murée. Ainsi les occupants ouvrent-ils volontiers leurs portes aux descendants des défunts venus se recueillir. Un équilibre désormais fragilisé par de grands projets urbains.
En mai 2023, les travaux reprennent de plus bel autour des mausolées de l'imam al-Shafi et de Nafisa al-Sayyida où des tombeaux du XIXe siècle sont anéantis. Puis c'est au tour du marché hebdomadaire d'al-Tonsy d'être ravagé. En 2025, les opérations se poursuivent avec la démolition – de nuit et sans précaution – du dôme et du minaret de la mosquée funéraire Mahmoud Pasha al-Falaky, datant de la fin du XIXe siècle. Parallèlement, le cimetière historique de Bab al‑Nasr est menacé par un projet de parking multi‑étages, alors qu'il est composé de tombes de soufis, d'érudits, de familles locales, et de structures funéraires en bois très rares. Jour après jour, les citadins découvrent des croix peintes à la bombe qui signalent les bâtiments promis à démolition. D'autres sont avisés que « [leur] logement sera bientôt détruit, mais qu'il y aura une indemnisation ». Une mécanique qui ne semble plus se limiter à la voirie puisqu'elle prolonge fidèlement le plan « Grand Caire 2050 » initié sous la présidence d'Hosni Moubarak. Ce projet, qui prévoit de remplacer les vieux quartiers populaires, souvent informels, par des gratte-ciels, avait été balayé par la révolution de 2011. Mais en 2018, son responsable, Mostafa Madbouly, est devenu… le chef du gouvernement. Le fameux écrivain Taha Hussein, dont le mausolée est désormais coiffé d'une autoroute, doit se retourner dans sa tombe. On ne peut pas en dire autant d'Ihsan Abdel Kouddous et de Rosa al-Youssef, journalistes et icônes intellectuelles, dont les ossements ont dû être exhumés de justesse. Un héritage sacrifié sur l'autel de la modernisation. Julien Pannetier
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