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ÉRIC DEGUIL CHRONO SUR UN TORRENT
CAUTERETS, HAUTES-PYRÉNÉES, FRANCE © SAMMY BILLON / ZEPPELIN NETWORK

Descendre 600 mètres de dénivelé d'une rivière de catégorie 5 en moins d'une heure, c'est l'objectif que s'est fixé Éric Deguil, kayakiste hors pair et multi-médaillé aux quatre coins du monde. Un défi qu'il veut relever sur le gave de Cauterets, un torrent qui coule au-dessus de chez lui, dans les Pyrénées. Normalement, il faudrait deux à trois heures pour l'accomplir, d'autant que le parcours est semé d'embûches. Pour y arriver, le challenger doit connaître la rivière dans ses moindres recoins, et poser ses coups de pagaie comme chaque note d'une partition de musique. Ici, le kayak est extrême et la rivière, sauvage, doit être appréhendée avec humilité. Une démarche qu'Éric place résolument sous le signe de l'écologie, ou comment rester sensible aux éléments naturels.

UN ENTRAÎNEMENT EXIGEANT
Éric descend la « dalle de la Raillère », le point de départ de sa future tentative de record du monde. Ici, sur 30 mètres inclinés à 45%, il franchit 20 mètres de dénivelé.





Éric Deguil est quatre fois champion du monde, deux fois vice-champion du monde, trois fois vainqueur de la Green river narrows race – la course de kayak jugée la plus extrême –, plusieurs fois vainqueur de la Voss, en Norvège, et dernièrement détenteur du record du monde du plus grand cumul de dénivelé en 24 heures.


Lassé des bassins olympiques, Éric est dans son élément depuis qu'il navigue en eau libre. Ici, il teste chaque obstacle jusqu'à connaître la rivière dans ses moindres détails. Chaque coup de pagaie est calculé, adapté, pour perdre le moins de temps possible.
Le « chaos de Calypso », comme les kayakistes l'ont baptisé, est une portion du gave de Cauterets dans laquelle une ancienne route s'est écroulée suite aux crues de 2013. Des fers à béton demeurent çà et là, rendant la rivière impraticable.





Au niveau de Calypso, Éric préfère débarquer et continuer à pied, quitte à perdre du temps. Ici, il se fraye un chemin à la scie en tirant son bateau de 22 kg.


Éric doit dégager la rivière avant de tenter de battre le record. Ici, un arbre s'est couché lors de la dernière crue, constituant un danger pour la pratique du kayak.


De retour chez lui, à Mirepeix, Éric continue son entraînement en jonglant entre sa vie de père et d'élagueur professionnel.


Pendant le premier confinement, Éric a construit sa propre salle de gym avec des matériaux de récupération. Il s'entraîne chaque soir.
LE RECORD
Juste avant le grand départ, Éric analyse la rivière une dernière fois. Il récite par cœur les coups de pagaie qu'il s'apprête à enchaîner sur 13 kilomètres.





Le 5 juin 2021, à 18h07, il s'élance dans l'eau froide qui ne dépasse pas les 5°C. Les conditions sont mauvaises : La pluie fine gêne sa visibilité et le niveau d'eau est bas. Les 167 centimètres à l'échelle de la Raillère sont bien loin des 180 qu'Éric espérait.


Le kayakiste navigue à une moyenne de 13 km/h sur la rivière blanchie par les remous. Il atteint même 38,5 km/h sur la « dalle de la Raillère ». Malgré les chutes et les rapides qui le propulsent, il doit garder la maîtrise de son bateau.


Grâce à ses entraînements, Éric peut anticiper son chronomètre. Régulièrement sur la rivière, il sait où et quand il doit être pour réussir ce record de dénivelé. Ce jour-là, il exclue la moindre improvisation.


Trois minutes après son départ, Éric a déjà parcouru un kilomètre. Il lui reste près d'une heure d'efforts et de concentration à fournir pour rester sur sa ligne tout en slalomant entre les obstacles naturels.
60 minutes et 3 secondes après s'être élancé à 1066 mètres d'altitude,
Éric atteint le bas de Soulom à 460 mètres d'altitude. C'est un nouveau record mondial pour le kayakiste.
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LE PHOTOGRAPHE SAMMY BILLON
Photojournaliste, Sammy a suivi deux années d'études de photographie avant d'intégrer durant plus de quatre ans un studio de publicité. Fort de cette expérience, il sait mettre en lumière les sujets de ses reportages. Également vidéaste et télépilote de drone, il s'intéresse aux nouveaux vecteurs de communication pour réaliser ses reportages sous un angle novateur et percutant.