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LE RÉVEIL DES TERRILS
BASSIN MINIER DU NORD-PAS-DE-CALAIS, FRANCE © JOAQUIM DASSONVILLE / ZEPPELIN NETWORK

Bel et bien vivants, les terrils des Hauts-de-France surprennent par le dynamisme de leurs vocations nouvelles. Héritiers d'une histoire éprouvante, ils sont passés du noir au vert, gagnant le cœur des habitants et des paysagistes. Dix ans après avoir été ennoblies par l'UNESCO, ces montagnes de débris miniers sont devenues les figures de proue d'un Pays qui n'a jamais été plat. Là-haut, les écologues sont éblouis et les randonneurs essoufflés. On y rencontre des bergers, des viticulteurs et même un groupe de musiciens. Sous leurs pieds, des géologues surveillent la combustion spontanée du charbon qui peut atteindre 1000°C. De leur côté, des industriels captent le grisou pour le chauffage de Béthune. Autant d'opportunités qui font de ces terrils des terroirs.

UNE VITICULTURE AUDACIEUSE
[Haillicourt, Pas-de-Calais, France] Viticole depuis 2011, le terril n°9 de la fosse n°2bis (ex-Compagnie des mines de Bruay) symbolise une reconversion audacieuse. En 2022, suite à un hiver pluvieux, sans gel et un été très ensoleillé, les vendanges se sont déroulées avec 3 semaines d'avance. Le samedi 24 septembre, 50 vendangeurs, tous bénévoles, ont récolté 1500 kg de raisin, espérant ainsi produire 1050 bouteilles de vin. Ici, un porteur descend deux cagettes de 10 à 15 kg chacune, et ce, à plusieurs reprises jusqu'au pied du terril.





[Haillicourt, Pas-de-Calais, France] Le terril mesure 80 mètres de haut, culminant à 122 mètres d'altitude. Un chemin en colimaçon permet d'en atteindre le sommet. 3000 pieds de vigne de Chardonnay ont été plantés sur sa face méridionale, sur 40 ares, avec une pente à 80% où rien n'est mécanisable.


[Haillicourt, Pas-de-Calais, France] Henri Jammet hume et goûte le vin blanc pour vérifier sa fermentation alcoolique. Ex-viticulteur en Charente, c'est avec son ami et confrère Olivier Pucek qu'il a développé ce projet baptisé « Charbonnay ». Aujourd'hui, la récolte permet de produire près de 700 bouteilles.
DES VOCATIONS PASTORALES
[Rieulay, Nord, France] Il y a dix ans, Julien Graf a troqué son bureau d'études contre un élevage de chèvres sur le terril des Argales (ex-Compagnie des mines d'Aniche). « Les faire pâturer sur ce terril, où chaque caillou est passé entre les mains d'un mineur, c'est comme fouler le patrimoine de la région, c'est un honneur », présente-t-il avant de conclure : « Aujourd'hui, la nature reprend ses droits et c'est un juste retour des choses ».





[Loos-en-Gohelle, Pas-de-Calais, France] Une vingtaine de chèvres paissent sur les 13,5 hectares d'un des terrils du 11/19 (ex-Compagnie des mines de Lens). Lancée en 2022 par la mairie, cette expérimentation d'éco-pâturage vise à préserver leur valeur patrimoniale tout en soutenant la biodiversité. Le tintement des clochettes a donc remplacé le vrombissement des débroussailleuses pour juguler l'enfrichement par les ronces et les bouleaux.


[Rieulay, Nord, France] Paola Graf fabrique des fromages au lait biologique de chèvre. C'est aussi elle qui tient la boutique de l'entreprise baptisée Les Chevrettes du Terril. Après avoir appris les métiers de berger et de fromager, elle s'imaginait partir en Haute-Savoie. Finalement installé sur le terril des Argales, l'élevage d'une soixantaine de chèvres est devenu une vraie attraction pour les randonneurs, les curieux et les gourmets.
UNE BIODIVERSITÉ ENCOURAGÉE
[Estevelles, Pas-de-Calais, France] Un petit groupe de gardes-nature d'Eden 62 observe avec attention leur parapluie japonais en quête d'insectes et d'arthropodes. Eden 62 est un syndicat mixte mis en place par le Conseil général du Pas-de-Calais. Il a pour mission de protéger, d'inventorier, d'aménager les espaces naturels sensibles, et de sensibiliser la population.





[Loos-en-Gohelle, Pas-de-Calais, France] Si le Crapaud calamite (Epidalea calamita) apprécie les milieux sableux, on le retrouve aussi sur les terrils du 11/19. «  Chaque année, je découvre de nouvelles espèces dans la région » s'enthousiasme Bruno Derolez, naturaliste au sein de l'association La Chaîne des terrils.


[Rieulay, Nord, France] Des essences méditerranéennes ont été plantées afin de savoir si elles peuvent s'adapter aux particularités du terril des Argales (ex-Compagnie des mines d'Aniche). Ici, Léa Lemaire, garde-nature départementale, constate qu'une Immortelle d'Italie (Helichrysum italicum) s'est parfaitement développée.


[Rieulay, Nord, France] À la loupe binoculaire, Léa observe Nomada obscura, une abeille sauvage nouvelle en France, et récemment découverte sur le terril des Argales. Elle a été capturée selon le protocole Spring, un programme européen qui suit l'évolution des populations de pollinisateurs (abeilles sauvages, syrphes et papillons) sur le long terme.


[Estevelles, Pas-de-Calais, France] Les milieux humides autour des terrils sont très importants pour l'équilibre de la biodiversité ; ils sont donc étroitement surveillés. Quentin, garde-nature au sein de l'association Eden 62, vient tous les quinze jours dans la roselière pour relever le niveau d'eau afin de connaître l'état de santé du milieu.
LES SPORTIFS AU RENDEZ-VOUS
[Nœux-les-Mines, Pas-de-Calais, France] Installé sur le terril 119 (ex-Compagnie des mines d'Ostricourt), le stade de glisse Loisinord constitue le plus vaste domaine skiable sans neige d'Europe, et ce depuis 1996. Ici, un skieur regarde la piste qui mesure 74 mètres de haut, 320 mètres de long et 35 mètres de large, atteignant une pente de 28 degrés. Le « paillasson » synthétique qui la recouvre est arrosé d'eau en permanence pour faciliter la glisse.





[Loos-en-Gohelle, Pas-de-Calais, France] Du terrain de jeu, lorsqu'il était enfant, au terrain d'entraînement à la course à pied, Nicolas Delepaut a grandi au milieu des terrils. Aujourd'hui engagé dans l'association À chacun son Everest qui accompagne la phase de l'après-cancer, il a notamment couru 92 kilomètres sur les terrils Jumeaux, soit un peu plus d'un Everest en 32 heures.


[Loos-en-Gohelle, Pas-de-Calais, France] Un club de marche nordique, Les Caribous des terrils de Loos-en-Gohelle, effectue une randonnée sur les « terrils jumeaux » encadrée par Valérie Caron. Éducatrice médico-sportive, elle veille à ce que le parcours et le rythme conviennent à l'ensemble du groupe. Une activité physique « pour tous », résolument tournée vers la santé.


[Nœux-les-Mines, Pas-de-Calais, France] En contrebas du stade de glisse Loisinord installé à flanc de terril, Pauline pratique le rollerski tout-terrain.


[Rieulay, Nord, France] Une partie du terril des Argales accueille une base de loisirs dont la plage de sable blanc et les activités nautiques attirent beaucoup de monde.
LA RECONNAISSANCE DE L'UNESCO
[Loos-en-Gohelle, Pas-de-Calais, France] Les « terrils jumeaux », le carreau de la fosse 11/19 et le chevalet du puits n°11 construit en 1923 (ex-Compagnie des mines de Lens) constituent le site minier de Loos-en-Gohelle. D'une hauteur de 146 mètres (188 mètres d'altitude), ces terrils houillers sont les plus hauts d'Europe. Ils font partie du bassin minier du Nord-Pas-de-Calais qui, en 2012, a été classé au Patrimoine mondial de l'Unesco. Une reconnaissance qui a permis de sauvegarder ce « paysage culturel évolutif vivant » et de changer le regard sur une région longtemps stigmatisée.





[Fouquières-lès-Lens, Pas-de-Calais, France] Maurice Vandevoorde, 85 ans, est un ancien mineur. Il a commencé à travailler à 14 ans à la fosse 10 de Billy-Montigny (ex-Compagnie des mines de Courrières). Il tient ici une photo de lui lorsqu'il avait 35 ans : « Je n'ai pas voulu être mineur ; je voulais être boulanger ou menuisier, mais c'est mon père qui m'y a obligé », explique-t-il.


[Lewarde, Nord, France] Installé sur le carreau de l'ancienne fosse Delloye (ex-Compagnie des mines d'Aniche), le Centre historique minier de Lewarde entretient le patrimoine local et la mémoire collective. Ici, Joël Pamart, 62 ans, montre comment les mineurs suspendaient leurs habits dans la salle de bains avant de vêtir leurs bleus de travail. Il appartient à la cinquième génération de mineurs.
1000°C SOUS LES PIEDS
[Billy-Montigny, Pas-de-Calais, France] Les terrils du Nord-Pas-de-Calais sont composés de sous-produits de l'extraction houillère, notamment des schistes et du grès, mais aussi du charbon pour les plus anciens. Aujourd'hui, ils entrent spontanément en combustion, et le sous-sol peut dépasser les 1000°C. Ici, au Bureau de recherches géologiques et minières (BRGM), Valentin, géologue, observe la thermographie infrarouge aérienne du terril n°9 de la fosse n°2bis (ex-Compagnie des mines de Bruay) situé à Haillicourt. Cette image lui permet de repérer les contrastes thermiques à la surface du sol avant de se rendre sur place pour une analyse plus précise.





[Rieulay, Nord, France] Un grillage portant les écriteaux « Zone en combustion – danger d'intoxication » bloque l'accès au terril des Argales (ex-Compagnie des mines d'Aniche). Le site est fermé au public à cause des températures au sol brûlantes et des dégagements de gaz sulfurés qui rendent l'air toxique.


[Fouquières-lès-Lens, Pas-de-Calais, France] Des fumerolles blanchâtres composées de vapeur d'eau et de gaz sulfurés s'échappent du terril du Marais où se dessinent des crevasses chaudes. Au sol, jusqu'à un mètre de profondeur, le BRGM mesure fréquemment des températures dont les maximales sont comprises entre 600 et 800°C.


[Hénin-Beaumont, Pas-de-Calais, France] Jean-Marc porte l'une des dernières gaillettes qui a été remontée à Oignies lors de la fermeture du site. Patrick montre l'ensemble des minéraux qui constituent un terril (schiste noir et rouge, gré, quartz, sidérose et charbon). Ils sont guides bénévoles au sein de La Chaîne des terrils, un Centre permanent d'initiatives pour l'environnement (CPIE).


[Parc des îles, Pas-de-Calais, France] Muni d'un thermomètre à sonde, Valentin relève 123,9°C à quelques centimètres de la surface du terril 205 (« Parc des îles »). Géologue au sein du Bureau de recherches géologiques et minières (BRGM), il est chargé de la surveillance des ouvrages miniers (relevés de paramètres physiques et chimiques) sur l'ensemble du bassin houiller.
LE GRISOU, UNE ÉNERGIE OPPORTUNE
[Béthune, Pas-de-Calais, France] Autrefois redouté, le grisou est désormais exploité pour le méthane qu'il contient. Ici, Yann Fouant, chef de projet à la Française de l'énergie (FDE) est au pied de la canalisation souterraine qui capte l'air d'anciens puits de mines. Une partie de ce gaz part directement dans la chaufferie gérée par Dalkia pour en faire de l'eau chaude pour le chauffage urbain. L'autre partie part dans les deux moteurs pour en faire de l'électricité qui sera redistribuée via Enedis au client EDF. Dans les deux cas, le gaz a pour objectif de chauffer Béthune, et ce depuis 2017.





[Béthune, Pas-de-Calais, France] Yann Fouant visite la salle des machines de la centrale de Gazonor. Le moteur thermique fonctionne au gaz de mine, entraînant une génératrice pour produire de l'électricité qui sera redistribuée via Enedis au client EDF. La chaleur des moteurs est également récupérée pour alimenter la chaufferie de leur partenaire Dalkia.


[Béthune, Pas-de-Calais, France] Yann Fouant, chef de projet à la Française de l'énergie (FDE), observe un chromatographe. L'instrument analyse la composition du gaz pour vérifier sa proportion de méthane (généralement plus de 90%). Ce gaz est distribué à Dalkia qui va le brûler pour le transformer en chaleur urbaine. La proportion de méthane est donc contractuelle.
LE PHOTOGRAPHE JOAQUIM DASSONVILLE
Basé à Lille, Joaquim est spécialisé dans le portrait, la photo de reportage et documentaire. Il travaille partout en France et à l'étranger. Il réalise des reportages à caractère humanitaire, social, religieux et s'engage sur des sujets environnementaux.  Investi pour certains magazines, agences de presse et de communication, il collabore aussi avec des organismes humanitaires et associations de secours.