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LA FRANCE ENVOÛTÉE
11 PORTRAITS DANS L'HEXAGONE  •  PHOTOS © ANTOINE MERLET / AGENCE ZEPPELIN
Le paranormal a la vie dure, et celui qui aborde le bien-être a de beaux jours devant lui. Partout en France, des praticiens ésotériques proposent leurs services comme autant d'alternatives à la science et au rationalisme. Une quête de sens face à l'existence et aux incertitudes du lendemain. Nourris de l'imaginaire collectif, ces interprètes de l'invisible reproduisent souvent des gestes millénaires pour déplacer les frontières de l'esprit et de la matière. Ils héritent de traditions orales et sont aujourd'hui mis en relief par les réseaux sociaux.
Le photographe Antoine Merlet est parti enquêter sur le terrain. Il a rencontré tour à tour un rebouteux, une cartomancienne, un coupeur de feu, une sonothérapeute, un alchimiste, une psycho-énergéticienne, un druide, des sorcières, un prêtre exorciste et des chasseurs de fantômes. Différentes disciplines et autant de jargons holistiques qu'il a pris soin de décortiquer avec, à la clef, une certitude – celle d'avoir côtoyé des spécialistes pétris d'empathie. Loin des gourous et autres dérives sectaires, ces personnages hauts en couleur se révèlent bienveillants, humbles et inclusifs.

Quant à savoir si leurs pratiques gagnent du terrain, il faut d'abord considérer qu'elles n'ont jamais disparu. La science a délégitimé les guérisseurs au profit des médecins, mais elle n'a pas remplacé les églises. Le spiritisme n'a-t-il pas explosé en même temps que l'électricité et la photographie ? L'homéopathie n'est-elle pas née au crépuscule du siècle des Lumières ?

Le « renouveau » ésotérique traduit une défiance envers les institutions, mais aussi un individualisme centré sur l'expérience subjective et la quête de bien-être. Alors que la médecine conventionnelle est jugée froide, technicienne, et que les maladies chroniques ou psychiques sont mal prises en charge, les méthodes alternatives offrent une écoute et du sens. D'autres s'intéressent aux rites anciens tels que la sorcellerie, l'alchimie et le druidisme pour prendre du recul dans une société excessive. Ceux-là voient des signes dans la nature, et des synchronicités dans les coïncidences. Ils cultivent la symbolique et participent, à leur façon, au réenchantement du monde.

Julien Pannetier

Tayeb et Cédric, chasseurs de fantômes

Passionnés par la médiumnité, cette faculté de communiquer avec les esprits, Tayeb Zernouh et Cédric Aucouturier multiplient les enquêtes pour tenter d'élucider les phénomènes paranormaux. En 2018, ils ont créé l'association Vosges Investigations Recherche Paranormal afin de gagner en crédibilité auprès des particuliers qui veulent des réponses, mais aussi des mairies qui leur donnent accès à certains sites. D'un ancien prieuré à un hôpital désaffecté, d'une maison abandonnée à un funérarium en activité, ils déploient leur matériel pour mener des séances de « transcommunication instrumentale ». Il s'agit alors « d'interagir avec des entités » et « de délivrer les messages des défunts ». Ils partagent leurs expériences sur les réseaux sociaux et lors de conférences auprès d'un public critique, mais ouvert.
[Bernardswiller, Bas-Rhin] Parmi les cercueils mis en vente au sein d'un funérarium, Cédric et Tayeb se concentrent sur leurs instruments. Ils disposent ici d'un détecteur de champ électromagnétique (K2 Emf), d'un géophone (Geopod, de Paranologies) pour signaler des vibrations dans le sol, d'un multimètre paranormal (EDI, de SpiritShack) pour croiser les données, et d'un dictaphone pour filtrer les événements parasites.





[Senones, Vosges] Cédric et Tayeb pénètrent dans une maison abandonnée depuis la fermeture de l'usine textile Dim en 1997. Après avoir demandé l'autorisation à son propriétaire, ils espèrent pouvoir déterminer « la présence des esprits ». Dans leurs mallettes sont méticuleusement rangés des instruments qui permettront de détecter les éventuelles perturbations de l'environnement magnétique, climatique et radiophonique, et ainsi de « communiquer avec des âmes errantes ».


[Senones, Vosges] Cédric et Tayeb tentent de détecter des phénomènes paranormaux. Tayeb emploie des baguettes de sourcier pour repérer d'éventuelles variations du champ énergétique (radiesthésie). Sur la baignoire, un détecteur de champ électromagnétique (K2 Emf). Au sol, un générateur de champ électromagnétique (Para4ce Spirit Pod) qui, à la moindre perturbation, émet des signaux sonores et lumineux. Chaque séance est immortalisée avec deux caméscopes analogiques.


[Bernardswiller, Bas-Rhin, France] Au sein d'un funérarium, et avec l'autorisation de la directrice, Cédric met en place un capteur de mouvement (Kinect, de Microsoft) pour enregistrer tout ce qui serait susceptible d'apparaître et d'interagir. Il prend le temps de modéliser la pièce pour restituer une expérience visuelle immersive et captivante. Ici encore, les nouvelles technologies stimulent la créativité des enquêteurs.


[Bernardswiller, Bas-Rhin, France] Près d'une chambre froide mortuaire, Cédric et Tayeb prêtent l'oreille au Spirit Box PSB11. Cet instrument balaie très rapidement les fréquences radio AM et FM pour restituer un « bruit blanc » dans lequel les esprits pourraient « s'immiscer » et faire passer des messages. « Le truc de dingue, c'est qu'on peut parfois entendre des mots ou des phrases complètes », s'enthousiasme Tayeb.

Véronique et le château de Fougeret

Véronique et François-Joseph Geffroy considèrent le château de Fougeret, dans le Poitou rural, comme un espace d'expérimentation spirituelle. Depuis leur acquisition du site en 2009, ils proposent des « nuits spirites » à un public curieux de se confronter à l'invisible. Convaincus que des esprits vivent avec eux, ils organisent divers ateliers invitant à questionner la vie, la mort et la transcendance. L'histoire des murs et la décoration chargée d'antiquités stimulent la fascination des participants, dont la sensibilité est accrue par des « phénomènes » que Véronique ne saurait expliquer. Une immersion censée être féconde pour ceux qui cherchent à développer une approche plus sereine de l'existence. Et un formidable rendez-vous pour les influenceurs et autres curieux.
[Queaux, Vienne] Les participants prennent place autour d'une grande table dans la salle à manger. Chaque nuitée – avec dîner, médium, ateliers et petit-déjeuner – est facturée 150 euros par personne. « La dimension commerciale du château est parfois critiquée », reconnaît Véronique qui gère son activité avec prudence. « Les visiteurs paient pour un service, mais au final, il est parfois difficile de distinguer les perceptions subjectives des manifestations réellement inexplicables », analyse la châtelaine qui entend éviter les surenchères.





[Queaux, Vienne] Un champ de points lumineux est projeté sur les murs. Cinq personnes participent à cet atelier qui consiste à étudier les formes et contours générés par le projecteur, révélant parfois des silhouettes dans l'obscurité. « Cette technique est par ailleurs utilisée pour visualiser des formes invisibles à l'œil nu », justifie Véronique.


[Queaux, Vienne] Véronique conduit une séance de spiritisme autour d'un ouija. Cette planche, où figurent l'alphabet latin, les chiffres arabes et les mots « oui, non, au revoir », est censée permettre la communication avec des « esprits ». Les candidats posent des questions, tandis que leurs mains touchent un curseur qui se déplace mystérieusement.


[Queaux, Vienne] William Mayer, enquêteur paranormal, conduit une séance de paréidolie électronique, un phénomène où l'on perçoit des visages dans des images aléatoires. « Certains chasseurs de fantômes utilisent la télévision ou la radio pour générer ces images », justifie l'enquêteur dont Véronique reconnaît l'expertise. « Je collabore avec des praticiens de confiance, capables de documenter les manifestations sans chercher le spectaculaire à tout prix. Ceux-là travaillent dans le concret, avec des méthodes raisonnables », prévient l'hôte.


[Queaux, Vienne] Vers 3 heures du matin, les participants montent se coucher dans les chambres qu'ils ont choisies. Tous ont l'espoir d'observer ou d'entendre des phénomènes paranormaux pendant la nuit : des bruits de pas au plafond, une porte qui s'ouvre, des conversations, un lit qui bouge, des objets qui se déplacent. « La peur n'est pas le moteur de l'expérience, mais plutôt la fascination », insiste Véronique qui souligne « l'opportunité de se confronter avec l'inexplicable pour ouvrir une porte sur l'invisible, et ainsi questionner la réalité. »

Anaïs, psycho-énergéticienne

Installée au rez-de-chaussée de sa maison, Anaïs David exerce comme magnétiseuse, coupeuse de feu et psycho-énergéticienne. Ses soins s'adressent à un public varié, souvent en quête de soutien émotionnel ou de solutions complémentaires aux approches médicales classiques. Elle a créé son entreprise en 2022, combinant intuition, formation et expérience. Héritière d'une tradition familiale de guérisseurs, elle place le respect de l'individu au cœur de son éthique. Dans une société en quête de bien-être personnel et d'ouverture spirituelle, son métier illustre une nouvelle manière d'accompagner la santé globale. Au sein d'un monde en pleine mutation, elle contribue à réconcilier corps, esprit et émotions.
[Mauriac, Cantal] Anaïs frappe un bol tibétain pour « rééquilibrer les énergies de [sa] patiente, apaiser son mental et ramener son corps dans un état de paix intérieur ». Le bol est finalement posé sur son ventre afin que les vibrations se diffusent « au plus profond des cellules ». « Chaque soin est un voyage au cœur de l'être, où vibrations et intentions se rencontrent. Il s'agit d'harmoniser les émotions entre le son et la fréquence du cœur », explique la guérisseuse.





[Mauriac, Cantal] Adossé à une sculpture de Bouddha, le chat d'Anaïs observe les allées et venues devant la maison. « Kalinou accueille chaque âme dès la voiture, guide ses pas jusqu'à la porte et parfois, s'invite silencieusement dans les soins. Il est le gardien spirituel des lieux, celui qui sent, qui apaise et qui veille », présente la guérisseuse.


[Mauriac, Cantal] Anaïs reçoit une patiente dans le cabinet qu'elle a aménagé au rez-de-chaussée de sa maison. Décoré d'objets symboliques, de proverbes et d'un bureau fait de palettes, cet ancien garage se veut plus chaleureux. « Chacune de mes séances commence par un moment d'écoute, de partage et de connexion », annonce la thérapeute.


[Mauriac, Cantal] Une patiente dévoile les symptômes d'un psoriasis. Un premier dermatologue lui a prescrit une crème à la cortisone qui n'est pas très efficace. Un second lui a prescrit des injections sous-cutanées, mais les risques de perturbations menstruelles l'ont poussé à décliner. Ainsi est-elle venue solliciter les compétences d'Anaïs. « Chaque soin commence par l'écoute du corps, car il garde la mémoire de nos blessures intérieures. Ici, la peau devient messagère d'un appel à la libération et à la douceur », explique la guérisseuse.


[Mauriac, Cantal] Devant un tissu figurant un mandala, symbole hindou et bouddhique de l'harmonie, Anaïs pratique le souffle et la prière pour guérir sa patiente, dont le corps présente une sévère dermatite (psoriasis). Ce geste ancien, transmis de génération en génération, est censé apaiser le feu du corps comme celui de l'âme. « C'est un moment de reliance entre le visible et l'invisible, où la tradition devient acte d'amour et de guérison », explique celle qui s'en remet au caractère sacré et intuitif de son savoir.

Olivier, coupeur de feu

Olivier Freyssac perpétue un savoir-faire ancien, celui de coupeur de feu. Dans une pièce de sa maison, près de Brive-la-Gaillarde, il a aménagé un cabinet pour apaiser les douleurs. Ses gestes, hérités de traditions familiales, s'adressent à un public en quête d'écoute et de soulagement, souvent en complément de la médecine. Fondée sur une éthique rigoureuse du consentement et de la bienveillance, sa pratique revendique une place discrète mais légitime aux côtés des soins conventionnels. Entre croyance populaire et approche énergétique, elle interroge notre rapport au corps et à la souffrance. Aujourd'hui, ce métier de l'invisible rappelle la nécessité d'un soin plus humain dans une société saturée de technologie.
[Ussac, Corrèze] Olivier emploie une antenne de Lecher pour « rééquilibrer énergétiquement le corps » de sa patiente. Théoriquement, cet instrument radiesthésique permet aussi de trouver un organe en souffrance, à l'instar des géobiologues capables de localiser des sources d'eau souterraine.





[Ussac, Corrèze] Grâce à un pendule en cristal de roche, Olivier peut « [se] connecter à l'inconscient de la personne et avoir toutes les réponses dont [il a] besoin pour soulager les différentes parties du corps ». Après 17 ans d'une carrière professionnelle dans la vente de cuisines équipées, la rencontre d'une magnétiseuse l'a poussé à s'intéresser à ses propres mains, dont un stage de 3 jours lui a révélé toute la puissance.


[Ussac, Corrèze] Olivier réalise une prière du feu, qui sera suivie d'un souffle froid pour « couper la chaleur et apaiser ». Les gestes du magnétiseur sont, selon lui, à la fois simples et profonds. Il s'agit d'impositions des mains, de balayages du corps et de prières silencieuses : « Mes mains ressentent l'énergie de la personne. Elles peuvent devenir très chaudes, puis froides, comme si elles captaient les déséquilibres internes. »


[Ussac, Corrèze] Avec une main sur le plexus solaire et l'autre sur le crâne, Olivier finit d'apaiser les émotions de sa patiente. « Le magnétisme n'exclut pas la science. Je reconnais le scepticisme des médecins et je comprends leur prudence. Mais ça, je sais que ça marche, alors chacun son métier et son contexte », prévient le magnétiseur.


[Ussac, Corrèze] Outre des séances dans son cabinet, Olivier propose d'intervenir à domicile. Il peut même réaliser des soins à distance : « Je peux travailler sur quelqu'un que je connais en visualisant son visage, ou sur un inconnu grâce à une photographie et à l'écriture de son nom sur un morceau de papier, qui sert de témoin. »

Frédéric, alchimiste

Frédéric Christian Leclercq pratique l'alchimie végétale, ou spagyrie. Il dédie son temps à extraire les principes fondamentaux des plantes – le soufre, le mercure et le sel – avant de les rassembler sous forme d'élixirs. Ici, il ne s'agit pas des éléments chimiques du tableau périodique, mais de l'âme, de l'esprit et du corps de tout ce qui compose l'univers, tel que Paracelse l'a défini au XVIe siècle. Pour lui, la guérison de l'homme ou de la nature passait par l'équilibre de ces trois aspects. Une protoscience que Frédéric a reprise à son compte pour soulever d'autres questions existentielles. Aux curieux, l'alchimiste propose de revenir aux origines de la pharmacopée, ou l'art de préparer les médicaments. Avec lui, la purification d'une substance, loin d'être un simple artisanat, devient un moyen de méditation et de plaisir concret.
[Bourbon-l'Archambault, Allier] Frédéric observe des branches de menthe (Mentha piperita) au sein d'un alambic. En dessous, l'eau bouillante s'évapore, traverse la plante, entraînant avec elle les composés volatils (menthol, menthone, etc.). Cette vapeur monte dans le col de cygne, puis se condense au contact du tube refroidi. Le distillat ainsi obtenu contient un mélange d'hydrolat de menthe (eau aromatique) et d'huile essentielle. Cette dernière étant moins dense que l'eau, elle flotte sur l'hydrolat.





[Bourbon-l'Archambault, Allier] Tous les dimanches à 15 heures, Frédéric propose à une dizaine de personnes d'aborder les concepts de la spagyrie. L'alchimiste organise également des stages pendant deux jours. « Ce ne sont pas des initiations formelles, mais des explorations où la curiosité et l'observation sont au cœur de l'apprentissage. Selon l'état de santé et la disposition psychologique du participant, ces stages peuvent également avoir une dimension thérapeutique, mais ce n'est pas leur objectif premier. »


[Bourbon-l'Archambault, Allier] Bourbon-l'Archambault, Allier, France. À l'arrière de sa maison qui domine le lac de la Burge, Frédéric cueille des feuilles de menthe pour en extraire plus tard l'essence. « L'extraction des essences exige patience et observation. La distillation des vins pour obtenir de l'alcool pur implique plusieurs rectifications. Et la cristallisation du sel peut prendre plusieurs années selon les plantes : certains sarments de vigne peuvent nécessiter jusqu'à huit ans pour se stabiliser », rapporte l'alchimiste.


[Bourbon-l'Archambault, Allier] Frédéric verse un distillat de rose dans un tube à essai. « La purification, processus concret et mesurable, consiste à extraire l'impure pour atteindre l'essence d'une substance ou d'un individu. La transmutation, quant à elle, est un concept métaphysique : elle désigne le passage d'un état à un autre, et implique à la fois imagination et rigueur conceptuelle », présente l'alchimiste.


[Bourbon-l'Archambault, Allier] Pour l'alchimiste, tout corps est composé de trois principes : soufre, mercure et sel. Le soufre est l'âme de la plante, c'est ce qui donne l'odeur, la saveur, l'activité. Le mercure, c'est l'esprit de la plante, ce qui est volatil, fluide, porteur. Enfin le sel, c'est le corps de la plante, ce qui est fixe, minéral, structurant. Ils correspondent respectivement à l'huile essentielle, à l'alcool et aux sels minéraux.

Laurence, sonothérapeute

Enrichie de sa propre expérience, Laurence Groyer exerce la sonothérapie, mais refuse tout dogmatisme. Formée à différentes pratiques vibratoires, elle propose des séances comme des « voyages sonores » plutôt que des soins stricts, préférant créer un espace où « quelque chose peut se remettre en mouvement ». Elle joue divers instruments pour superposer des sons dont les effets varient sur les participants : apaisement, libération émotionnelle, sensations physiques, émergence d'images ou de souvenirs. Pragmatique, Laurence accueille ces manifestations sans interprétation et se positionne comme médiatrice plutôt que thérapeute. Elle refuse toute promesse de guérison au profit d'une expérience sensible, où l'écoute et l'intuition ouvrent une voie vers le bien-être.
[Saint-Jean-de-Monts, Vendée] Laurence joue du gong sur l'estacade. « Tout autour, le bois, le vent et la mer font partie intégrante de l'expérience sonore », précise-t-elle sans prétendre expliquer ses effets : « Il se passe quelque chose. Peut-être simplement parce qu'on prend le temps d'écouter. »





[Sallertaine, Vendée] Laurence dirige un « bain de gong » collectif dans une salle louée pour l'occasion. Neuf participants sont allongés sur le dos pendant qu'elle joue du gong et des bols chantants. Chaque séance dure 60 minutes au tarif de 15 euros par personne. Elle débute par un temps de parole, souvent lié aux cycles lunaires, aux changements de saison et à la « météo émotionnelle » du groupe. « Je ne fais pas d'astrologie, précise-t-elle, mais j'observe les mouvements autour de nous. Tout est vibration, même l'atmosphère d'un jour. »


[Saint-Jean-de-Monts, Vendée] Laurence écoute attentivement le son d'un bol tibétain pour « se connecter à la fréquence vibratoire » et ainsi « guider le soin ». Elle a débuté cette séance individuelle en invitant la consultante à exprimer son état d'esprit, ses attentes et ses tensions du moment. Puis, Laurence a installé un « cercle de protection » avec un bol chantant, une manière de « contenir l'énergie de la personne ». Derrière elle, au mur, on distingue un buste de Bouddha, un autel portatif hindou et divers instruments de relaxation.


[Saint-Jean-de-Monts, Vendée] Laurence exploite de nombreux instruments pour transmettre des vibrations. Ici, on distingue des bols chantants, des grelots en coquilles de noix cha-cha, une paire de cymbales tibétaines (tingshas), des mailloches, un kalimba dans sa main droite et un tambour chamanique dans sa main gauche.


[Saint-Jean-de-Monts, Vendée] Autour d'une participante, Laurence joue du wind gong pour « faciliter la libération émotionnelle et énergétique ». Les vibrations se succèdent, se chevauchent, se répondent. Le tambour ouvre la marche, le gong étire le temps, les carillons l'adoucissent, sans jamais perdre la dimension intuitive du geste.

Marc, druide

Marc Durand pratique le druidisme comme une philosophie de vie. Il anime la clairière Nento Belenos autour de la recherche de connaissance, la maîtrise symbolique et la quête d'élévation intérieure. Sensibilisé très jeune aux manifestations du divin, il est initié comme barde et intronisé à l'âge de 17 ans. Depuis, le dénommé Belenigenos entretient une relation entre esprit et nature, s'engageant volontiers pour l'écologie. Proche du mouvement reconstructionniste, il s'attache à reconstituer les croyances et les pratiques des anciens Celtes en s'appuyant sur l'étude des textes antiques, des sources archéologiques et des traditions survivantes. Mais pour mieux clarifier ce qu'est un druide, et ce qu'il n'est pas, il a contribué à la rédaction d'une charte pour lutter, selon lui, contre les dérives charismatiques de certains druides autoproclamés.
[La Vicomté-sur-Rance, Côtes-d'Armor] Entouré de symboles cosmiques (dont ici sur fond rouge : le triskèle, le sanglier associé à Dagodevos et la rouelle associée à Taranis), Marc invoque les divinités celtiques, soutenant sa prière avec le son rythmé d'un tambourin. Cet objet est une reconstitution de celui qui a été découvert par l'INRAP à Bobigny dans une tombe gauloise datant de 280 av. J-C.





[La Vicomté-sur-Rance, Côtes-d'Armor] Marc s'intéresse aux textes irlandais, seuls témoins écrits de la tradition celtique antique. Dans sa bibliothèque, il conserve plus de 150 manuscrits, certains jamais traduits. Avec un ami érudit maîtrisant le gaélique ancien, moyen et moderne, il entreprend un travail de traduction et d'interprétation. Ces textes, tel Táin Bó Cúailnge, offrent une fenêtre unique sur la civilisation celtique préchrétienne, ses croyances, sa hiérarchie sociale et ses modes de vie.


[La Vicomté-sur-Rance, Côtes-d'Armor] Marc sort de chez lui avec un carnyx. Cet instrument à vent était utilisé par les Gaulois comme une trompe pour galvaniser les troupes guerrières et impressionner l'ennemi. Celui-ci est une reproduction d'un des carnyx de Tintignac, datant d'environ 100 av. J-C et découverts en Corrèze en 2004 par l'INRAP. Il est constitué de tôles de bronze, mesure 180 centimètres de long et pèse 2 kilos. Son pavillon représente une hure de sanglier avec de grandes oreilles.


[La Vicomté-sur-Rance, Côtes-d'Armor] Devant une bannière figurant deux triskèles reliés, symbole des solstices, Marc fait une libation : il verse de l'hydromel dans le feu. Si ce geste précis n'est pas attesté par les sources antiques, les historiens s'accordent néanmoins à reconnaître que les Celtes pratiquaient des offrandes dans des sources, rivières et marais, considérés comme des lieux de contact avec le divin.


[Pleslin-Trigavou, Côtes-d'Armor] « Dans l'état actuel de nos connaissances, les menhirs sont plus anciens que les druides, mais ces derniers les ont respectés et souvent utilisés », affirme Marc en levant les bras, manifestement inspiré par l'alignement mégalithique du Champ des Roches. Lieu de culte ou nécropole, la fonction originelle de cet ensemble datant de 2000-1700 av. J-C reste inconnue.

Cécile, cartomancienne

Thérapeute énergétique, Cécile Grolet allie magnétisme, tirage de cartes et intuition pour accompagner un public en quête de repères. La cartomancie ne sert pas à prédire l'avenir de manière déterministe. Elle constitue plutôt un « miroir de l'état intérieur du consultant », l'encourageant à prendre conscience de son potentiel et à transformer ce qui freine son évolution. Ainsi, pour chaque douleur, Cécile suggère de se tourner vers l'intérieur plutôt que vers l'extérieur. Une introspection salvatrice où les épreuves deviennent autant d'opportunités à saisir. Se définissant comme « hypersensible et médium naturelle », elle s'emploie à clarifier les « messages » qu'offrent les cartes tout en respectant le libre arbitre de ceux qui viennent la consulter. Telle une coach de vie, elle les encourage à cultiver leur confiance en eux.
[Villeneuve-d'Ascq, Nord] Cécile dispose les cartes de tarot sur une nappe brodée de fleurs pour que la consultante « accueille les messages ». Chaque carte invite à l'introspection, plutôt qu'à une prédiction stricte. Ici, elle tient celle de l'Impératrice, un arcane majeur qui symbolise la créativité, l'abondance, la fertilité et l'harmonie.





[Villeneuve-d'Ascq, Nord] Cheminée ronronnante et tisanes fumantes, Cécile et sa consultante dialoguent avant d'interpréter les cartes. La praticienne met en lumière les ressources intérieures et identifie les étapes nécessaires pour agir de manière efficace. Puis elle introduit l'enseignement du jour, permettant à la consultante de valider son stade de progression.


[Villeneuve-d'Ascq, Nord] Cécile commence par couper le jeu de 78 cartes. Le tarot divinatoire consiste à interpréter la symbolique des cartes tirées, mais aussi leurs positions (dans le tirage) et leurs combinaisons (ensemble, certaines cartes modifient le sens ou renforcent un message). Pour la consultante, cette pratique permet de prendre du recul sur elle-même.


[Villeneuve-d'Ascq, Nord] Cécile tend sa main au-dessus des cartes de tarot (illustrées d'œuvres de Botticelli) pour « diffuser l'énergie nécessaire ». Ici, elle pratique un tirage en croix : quatre cartes sont tirées, et leur somme détermine la cinquième qui sera posée au centre. Une manière d'identifier la situation globale, les obstacles et les conseils à donner. Quant au Yi Jing, c'est l'hexagramme 60 qui a été tiré, ce qui l'invite à modérer ses actes et à acquérir de la méthode.


[Villeneuve-d'Ascq, Nord] Cécile achève la séance en transmettant des exercices à pratiquer quotidiennement. Pour « dissoudre la culpabilité profonde » de sa consultante, Cécile prescrit de l'huile essentielle de palmarosa à inhaler deux fois par jour pendant trois semaines. Afin de poursuivre son rééquilibrage, elle lui suggère également d'entrer en contact avec les arbres, de les admirer et de les remercier. Si elle le souhaite, l'intéressée pourra revenir consulter dans trois mois.

Émilie, sorcière

Émilie Marescaux pratique la sorcellerie. En 2023, elle a co-fondé Le Jardin Astral avec Marie Espinasse, numérologue, pour exercer son art et accueillir du public. Lové dans l'agglomération lilloise, le lieu est constitué d'une boutique, d'un salon de thé et d'un cabinet ésotérique. Plus qu'un concept store, c'est là qu'elles proposent des séances d'astrologie, de numérologie, de voyance et de guidance. Ancrées dans un héritage ancien – celui de femmes qui observaient les cycles et accompagnaient les communautés – Émilie et Marie offrent moins de certitudes que la possibilité de se recentrer. À l'approche d'Halloween, elles préfèrent quant à elles célébrer Samain, un sabbat païen considéré comme le Nouvel an celtique – l'occasion d'accueillir « des messages venus de l'au-delà ».
[Mouvaux, Nord] Lors du sabbat de Samain, Marie et Émilie placent leurs mains au-dessus de l'autel qui regroupe bougies, chrysanthèmes, branches de sauge, citrouille, pentagramme et crâne humain en plastique. « Il s'agit de transmuter les intentions de libération des participants, afin de sceller le rituel et d'insuffler une énergie nouvelle », décrypte Émilie. « Dans ce geste final, chacun reçoit un élan positif pour accompagner son chemin de libération et de développement personnel », complète Marie.





[Mouvaux, Nord] Émilie a co-fondé Le Jardin Astral en 2023 avec Marie. Le lieu accueille une boutique, un salon de thé et un cabinet ésotérique. On peut y acheter des bougies, des huiles, des herbes, de l'encens, des bijoux, des pendules, des cristaux de roche, ou encore des tarots. On peut également venir consulter pour une séance d'astrologie, de numérologie ou encore de lithothérapie.


[Mouvaux, Nord] Émilie et Marie proposent des séances de cartomancie et de numérologie dans une cave à bières qui célèbre Halloween. « La Witchy Night est une soirée où l'on peut autant lever son verre que lever le voile sur avenir », prévient l'établissement sur les réseaux sociaux. Pour les deux protagonistes, il s'agit avant tout d'un « moment suspendu, tissé de bienveillance et de mystère ».


[Mouvaux, Nord] Émilie célèbre Samain en compagnie d'autres participants. Ce sabbat est traditionnellement organisé du coucher du soleil le 31 octobre au 1er novembre, marquant la fin de l'année agraire et pastoral chez les sociétés celtiques préchrétiennes. Dans les pratiques païennes et la sorcellerie contemporaine, il correspond au début de la saison sombre, le moment où « le voile entre les mondes est le plus fin ».


[Mouvaux, Nord] Une cliente du Jardin Astral confie au feu son « intention », c'est-à-dire un billet votif. « Elle offre son souhait à la transformation et à la renaissance », explique Émilie qui encadre ce rituel collectif accordé aux énergies de Samain et de « la saison sombre ». Ce soir-là, les adeptes pouvaient ramener des portraits de leurs proches défunts, une manière de les honorer et de « les inviter à participer ».

Élysée, prêtre exorciste

Vicaire de la paroisse Sainte Joséphine Bakhita à Vaulx-en-Velin, dans le Rhône, Élysée Koffi Banouakon exerce le ministère d'exorciste au sein de l'archidiocèse de Lyon. Ce prêtre combine savoir-faire spirituel et discipline religieuse pour accompagner des personnes en détresse morale, psychologique ou spirituelle. L'exorcisme s'adresse à un public varié, cherchant à se libérer de souffrances invisibles pour retrouver sérénité et équilibre. Fondée sur le discernement, cette pratique s'inscrit dans une tradition ancienne tout en répondant aux enjeux de la société contemporaine, confrontée aux vulnérabilités humaines et aux influences de l'ésotérisme. Ainsi le père Élysée prépare-t-il chacune de ces interventions avec minutie, guidé par la prière et le respect de la personne, loin des clichés cinématographiques.
[Lyon, Rhône] Le père Élysée marche devant la basilique Notre-Dame de Fourvière. Une des qualités essentielles de l'exorciste est le discernement : « Quand la souffrance d'une personne est d'ordre psychologique, alors un psychologue sera le mieux placé pour l'accompagner. En revanche, certains signes spirituels relèvent d'une possession réelle, et là je peux intervenir », explique le prêtre habilité par l'archidiocèse.





[Lyon, Rhône] Au sein de la basilique Notre-Dame de Fourvière, le père Élysée se change dans un espace dédié aux prêtres qui reçoivent des personnes désireuses d'être délivrées du Mal. Le ministère d'exorciste, explique-t-il, n'est pas un choix personnel. « Il s'agit d'un service confié par l'évêque. Dans notre diocèse, cinq prêtres sont consacrés à cette mission, car la charge est trop lourde pour un seul. »


[Lyon, Rhône] La Bible et le crucifix peuvent servir lors d'un entretien spirituel ou au cours d'un exorcisme. « Une personne sous l'emprise du diable peut réagir violemment à la vue d'une croix, élever des objets ou produire des voix inhabituelles », décrit le père Élysée qui insiste sur la réalité tangible du mal. Lui-même raconte avoir été étranglé par sa propre étole lors de prières, mais il n'a jamais ressenti de peur.


[Lyon, Rhône] Au sein de la basilique, le père Élysée prie avant l'entretien préalable à un exorcisme. Les prières suivent un rituel codifié : « Il y a d'abord la prière déprécative (demande à Dieu d'intervenir), puis la prière impérative (ordre donné au Mal de partir), la prière de libération (d'un mal-être), de guérison intérieure ou physique (traumatismes), et enfin l'imposition des mains (sur l'épaule ou la tête, en soutien ou en bénédiction) avec consentement préalable de la personne », énumère le prêtre.


[Lyon, Rhône] Chaque intervention commence par une écoute approfondie. Les personnes qui sollicitent un exorcisme sont d'abord reçues par la Caisse spirituelle du diocèse, qui évalue leur demande et les oriente vers le prêtre approprié. « Il faut s'assurer que la personne est sincère et que sa situation relève véritablement d'un problème spirituel », explique-t-il. Les rendez-vous peuvent durer une à deux heures, mais certains cas extrêmes exigent une attention beaucoup plus longue.
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LE PHOTOGRAPHE  ANTOINE MERLET
Photoreporter indépendant, Antoine travaille pour la presse régionale et nationale. Après avoir donné des cours de sport pendant cinq ans, il s'est engagé dans le journalisme, orientant ses travaux vers les luttes sociales. Il aime prendre le temps de comprendre un sujet avant de s'y engouffrer. Exposé aux Rencontres d'Arles en 2017, à la Galerie VU' en 2020, et projeté au festival Visa pour l'image en 2021, il sait sortir de sa zone de confort pour travailler avec des rédactions comme M Le Monde, Télérama, Le Figaro, Libération, La Croix, ou encore Vice.